
​​​​...qui resurgit plusieurs fois de ses ruines grâce à la volonté humaine
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Veillant sur la vallée du Salagou, Saint Pierre-es-Liens, très proche de la ferme de Mérifons, est située au centre des différents hameaux constituant le village.
Actuellement, elle tient lieu d’église paroissiale.
Le terme "-es-Liens" évoque l’emprisonnement à Jérusalem de l’apôtre Pierre en l’an 44 par le roi Hérode.
La commémoration du martyre et de la mort de Saint Pierre est fêtée le 1er août dans le christianisme occidental.
Le prieuré, le chœur et le clocher
​La beauté de la façade évoque une palette de peintre où apparaissent toutes les teintes de pierre rencontrées localement.
Les pierres utilisées sont hétéroclites : grès de teinte grise, jaune et parfois rouge ou brun-rouge, pélite, basalte.
C’est la teinte brun-rouge qui prédomine, cette façade polychrome est à l'image de la géologie du pays.
Les parties hautes ont été construites en remploi des éléments issus de la démolition du prieuré (autrefois, attenant à l’église).
La couverture en lauze de schiste est à deux pans sur la nef et en arc de cercle sur le chœur.
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On pénètre dans la chapelle par un unique portail mouluré de deux cavets et percé dans la façade Sud-Ouest.
Un clocher surplombe la chapelle Nord et se compose d’une salle des cloches accessible par une porte haute extérieure.
Communément appelée chapelle, cet édifice en forme de croix latine est, plus exactement, une église prieurale (attachée à un prieuré) possédant cimetière, fonds baptismaux, etc., nécessaires à sa fonction.
Deux chapelles forment le transept :
- la chapelle Saint Blaise au sud fondée en 1507 par Amalric (Aymeric) de Clermont, seigneur du Bosc.
Elle possède un autel.
- la chapelle nord, dédiée en 1659 à Saint Fulcran par l’évêque de Harlay qui fit reconstruire l’église en 1663.
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Elle est voûtée en plein cintre en belles pierres taillées et supporte le clocher bâti bien après elle.
Cette chapelle possède un autel face à l’est, une petite piscine et une litre.
La litre est une bande brune, haute de 40 cm, peinte horizontalement sur les trois murs qui peut avoir deux significations :
- soit que le châtelain est décédé et que l’on doit vivre ce deuil par des prières et des offices particuliers,
- soit pour rappeler le nouveau droit de haute et moyenne justice octroyé au seigneur par l’évêque en échange d’une aide financière nécessaire à la reconstruction de l’église.
La source qui alimente la ferme bâtie un peu plus haut a, sans doute et suivant la tradition, motivé l’implantation en ce lieux de l’église... succédant, peut-être, à quelque temple païen ?
Une chapelle wisigothique aurait été construite antérieurement.
Aux abords de l’église, ont été découverts des débris de poterie évoquant un habitat gaulois.
Dans les murs, sont présents des morceaux de tuiles romaines.
Les fenêtres en meurtrière et le pavage grossier sont des signes pré-romans.
Une étude archéologique approfondie éclairerait sur la connaissance de ce monument.
Les églises pré-romane étaient petites en raison de la faible densité de la population et aussi, parce que seuls les adultes, baptisés à la majorité (21 ans), y pouvaient prier.
Rares, elles étaient communes à plusieurs hameaux, plusieurs fermes, bâties souvent en pleine campagne, donc éloignées de tous.
On les appelaient justement "mitoyennes".
Saint Pierre n’échappe pas à cette règle.
L’autel rustique d’origine a été refait dans le même esprit.
Le tabernacle est encastré, côté évangile.
Un baptistère est présent à droite en entrant.
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On note la présence de vestiges : un pied d’autel wisigothique, une pierre d’autel avec loge pour reliques, un bénitier cassé, une discoïdale brisée (évoquant les pèlerins de Compostelle), une statue mutilée (attribuée à Saint Pierre ? )
Le prieuré perçoit la dîme soit, 10 % des revenus issus de l’agriculture et de l’élevage habituellement versés à l’évêché.
Les prieurés sont souvent fondés par les seigneurs qui veulent attirer la population et conférer au château proche, une importance accrue.
Cette église est mentionnée dans un don fait à son frère, Aranfred, par Saint Fulcran, évêque de Lodève de 949 à 1006.
En 1162, elle apparaît dans la bulle d’ Alexandre III comme église de Mérifons et en 1252, comme église Saint Pierre de Mérifons .
En 1636, lors de sa visite pastorale, l’évêque Plantavit de la Pause écrit : « Mérifons dédiée à Saint Pierre dont la fête se célèbre le 1 août... L’église est champêtre et située entre le masage de Mérifons (ferme actuelle) et la métairie du seigneur du Bosc, terroir de Malavieille ».
Les prieurs sont présents de 1622 à 1789 :
- Delmas 1622
- Guillaume de Salasc 1658-1677
- Christol 1677-1698
- Dejean 1698-1735
- Dufau 1735-1789.
Ici comme ailleurs, la religion catholique rythme les étapes de la vie et de la mort.
Baptêmes, mariages, inhumation sont les rôles des religieux et parfois des laïcs.
En effet, les sages-femmes peuvent ondoyer les enfants.
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« Ainsi, en 1752, la veuve Durand, sage-femme de Brenas met au monde et ondoie le fils de Joseph Bécat et Anne Romiguières, résidents de Villetelle »
L’ondoiement consiste à verser de l’eau bénite sur la tête de l’enfant en prononçant : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ».
Cette pratique, autorisée avant le quatrième jour en cas de menace de décès de l’enfant donnait droit aux sacrements à l’office à l’église et à la sépulture chrétienne si le décès survenait.
Les enfants qui mourraient sans baptême étaient appelés « enfants perdus » ou Saints Innocents.
Ce baptême sommaire marquait l’entrée dans le monde des chrétiens.
Cette église est en ruines au 17ème siècle, les habitants sont rattachés à la paroisse et au cimetière de Salasc.
En 1788, le prieur Etienne Dufau se démet de sa cure devant notaire.
Il part en 1789 après avoir refusé le serment à la Constitution civile.
L’église va donc être fermée, pillée et tomber dans l’oubli.
En 1803, le Concordat réorganise le culte et la paroisse est rattachée à celle d’Octon.
Ce changement a-t-il laissé penser au curé d’Octon qu’il pouvait disposer de la cloche de l’église de Mérifons à sa guise ?
Une lettre adressée au Préfet, datée du 22 septembre 1841 et signée de "plusieurs habitants pauvres" accuse le curé d’Octon d’avoir enlevé la cloche et l’avoir vendu à Montpellier.
Ces habitants demandent la restitution de la cloche.
Deux ans plus tard, ce dossier est toujours à l’ordre du jour du conseil municipal.
On constate que, en réalité, la cloche a été cédée au curé d’Octon par l’ancien maire sans délibération du conseil.
Il est décidé qu’une cloche du même poids doit être restituée.
Il faut noter, qu’à cette époque l’église n’a plus de clocher…
Deux autres années passent, le conseil municipal demande le versement du prix de la cloche sur le budget de la commune.
A ce jour, cette affaire est toujours un "dossier non-résolu" et aucun document n’atteste que ce dommage a été réparé.
Actuellement, le clocher abrite la cloche Fulcranne, placée pendant le mandat municipal de Maurice Lacas.
Restaurée au 20ème siècle par les Amis du Lodévois, durant sept ans de travaux, cette église ouvre ses portes une fois par an pour la messe de l’Ascension.
Il faut croire que cette église était destinée à avoir plusieurs vies, car, en 2025, des travaux aux niveau du toit dont il faut accentuer la pente, initiés par la municipalité de Mérifons, vont changer, une fois de plus, sa physionomie .
Les fenêtres vont être équipées de carreaux de verre avec un dispositif à lame d’air permettant sa circulation.
Ces travaux importants ont été possibles grâce à des subventions, de nombreux dons de particuliers et des aides financières de la Fondation de France.
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Quelques dates marquantes de l’histoire de la chapelle :
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- 1162 mention dans la bulle d’Alexandre III comme église de Mérifons
- 1202 mention dans une bulle du pape Innocent III
- 1252 mention comme église Saint Pierre de Mérifons
- 1507 Amalric de Clermont-Nigri fonde la chapelle Saint Blaise
- 14ème siècle Saint Pierre de Mérifontibus est déclarée paroissiale et curiale
- 1612 procession depuis Lodève en raison de la sécheresse
- 1631 visite de l’évêque Plantavit de la Pause qui évoque Saint Fulcran
- 1649 visite de l’évêque Bosquet
- 1659 visite de l’évêque de Harlay; le curé de Mérifons réside à Octon tant l’église est délabrée
- 1663 restauration
- 1665 figuration au Compoix
- 1673 la chapelle Saint Blaise reçoit le titre de chapellenie de l’évêque de Chambonnas
- 1684 érection de la croix du cimetière
- 1732 le village de Mérifons est une paroisse (trente communiants)
- 1734 visite de l’évêque de Souillac
- 1742 nomination d'Etienne Dufau comme prieur par l’évêque de Souillac (trente cinq communiants)
- 1760 à 1772 visite de l’évêque de Fumel
- 1789 l’église est fermée, pillée et tombe dans l’oubli suite au départ du prieur Dufau
- 1804 la paroisse est supprimée
- 1830 les chapelles sont dépouillées, les ronces entrent par les fenêtres
- 1841 et plus l’affaire de la cloche
- 1910 un enterrement est célébré
- 1973 à 1980 restauration par les Amis du Lodévois
- 1977 démolition des ruines du prieurés
- 1978 inscription sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques (site classé Vallée et lac du Salagou-cirque de Mourèze et abords par décret du 21 août 2003)
- 1980 le 15 mai, les Amis du Lodévois remettent les clefs à Monsieur le maire de Mérifons
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- 1981 le prix national des chefs-d’œuvre en péril décerné aux Amis du Lodévois par Antenne 2
- 1984 le 23 avril, la cloche Fulcranne retentit pour la première fois dans le clocher de Mérifons
Si nous pouvons admirer et fréquenter cette église à nouveau, c’est grâce à la détermination et à la volonté d’un groupe de bénévoles, Les Amis du Lodévois, qui est accouru au chevet de ce bâtiment alors en ruines.
Leur sauvetage a duré sept ans.
Cinquante ans nous sépare de ce projet fou et, bien sur, la plupart des protagonistes ne sont plus de ce monde.
Que tous soient assurés de notre infinie reconnaissance.
En guise de conclusion, nous citons les noms de ceux que nous avons pu retrouver :
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- Joseph Couffinhal, président des Amis du Lodévois
- Jean Pol Nicol, auteur des relevés et dessins
- Jean Marie Arnal - Andrée Abbal
- Mme Amigues - Rose Rouaud
- Melle Amigues - Jeanne Boulard
- Mr et Mme Hugon - Suzanne Pau
- Melle Bouquié - Renée Baduel
- André Requi - Mr et Mme Louis Rouvier
- Mr et Mme de Cadolle - Paule Marc
- Mr et Mme Gillet Louis - Renée Cortes
- Mme Berthe - Jeanine Bonnet-Collot
- Mr Holtz - les deux sœurs Barrière
- Mme Jeay - Marthe Requi
Ainsi, cette église presque millénaire continuera à veiller sur la vallée et à nous émouvoir.
" Et vous reviendrez et d'autres avec vous. Soyez remerciés par avance"
Joseph Couffinhal
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Sources : Le M.A.S des Terres Rouges "La commune de Mérifons"
Les Amis du Lodévois "Histoire de la chapelle Saint Pierre de Mérifons"
Joseph Couffinhal, GREC avril-juillet 1989, n° 50_51 "Si Mérifons m’était conté"
Abbé Alzieu, "Etudes héraultaises"
Atelier Marilyn Gobin Architecte de Patrimoine "Chapelle Saint Pierre", demande de permis de construire
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Photos : A.Estève - M.Heissat - Gustave Tramblay, Collection Bérard
IA : A.M. Delaisse
Drone : A.M. Delaisse
Brigitte Saint Pierre, passeuse de mémoire
Alexandrine Estève, habitante de Mérifons






Imperfection Alambiquée...

I A

Qui semble perdue au milieu des bois…
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Si vous avez la chance au cours d’une promenade sur les hauteurs de Mas Canet de tomber sur les ruines de cette ancienne église, vous ne manquerez pas de vous demander comment elle a pu être construite dans cet endroit si reculé .
Située à la limite de Mérifons et de Brenas, N.D du Bosc (ou N.D des Bois) est à demi détruite et perdue au milieu de la végétation qui a reconquis tous ses droits, prisonnière de ses propres ruines.
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Non loin, passaient deux voie antiques (preuve de haute antiquité) qui se raccordent à Villetelle :
- le « cami ferrat » venant de Pézenas vers Bédarieux
- le chemin de « vieille Toulouse » ou de Saint Gervais.
N.D du Bosc fait partie des églises à chevet carré décrites par l’abbé Giry qui, dans son activité de chercheur, a accordé une place privilégiée aux plus anciennes églises de l’ Hérault.
Le plan au sol de ces églises défini une nef unique couronnée par un chœur quadrangulaire plus ou moins régulier.
Ce chœur offre des variations typologiques, il peut être court, allongé, largement ouvert sur la nef ou quasiment fermé avec une simple entrée étroite.
Ce plan fut reproduit jusqu’au 11ème siècle dans des constructions faites de pierres liées au mortier.
Ce type d’édifice se retrouve en Catalogne, en Septimanie, dans le nord de l’Italie, dans les îles britanniques (Irlande), en Allemagne, au Luxembourg, en Belgique, en Moravie.
L’œuvre missionnaire en Moravie aurait été réalisée par des religieux d’observance irlandaise, véhiculant un plan d’église appartenant en propre aux communautés chrétiennes celtiques des Îles britanniques.
Une autre hypothèse existe, celle de la remontée d’influences méridionales, inspirée par l’existence d’un groupe méditerranéen très dense d’églises semblables couvrant la Catalogne et la Septimanie où l’action des missionnaires celtes ne s’est pas exercée.
L’aire de dispersion des églises à chevet carré de l’Hérault se localise de préférence à l’Ouest du département.
Dans certains cas, le lieu est marqué par un monument mégalithique.
C’est bien le cas de cette église proche du menhir de Peyre Dretchr.
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Il semblerait que ces églises aient pris le relais d’un habitat qui remonte aux grandes époques de l’Empire, alors que régnait la Pax Romana.
Cette église primitive, appelée paléo-chrétienne, est utilisée pour le repas fraternel de l’eucharistie, présidé sans doute, par le « Pater Familias » revêtu des pouvoirs sacerdotaux.
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Le chœur mesure 4,50 m de long et 3,75 m de large (à l’intérieur).
Les murs font 0,80 m d’épaisseur sauf celui de l’Est qui n’a que 0,6 m.
Les murs Nord et Sud ont été doublés intérieurement lors de la construction de la voûte.
Une fenêtre à ébrasement intérieur s’ouvrait au Sud, celle de l’Est n’a pas laissé de trace.
La nef, qui fait saillie à l’extérieur de 0,60 m sur le chœur fait 6 m de long et 4,10 m de large (à l’intérieur).
Ses murs, qui avaient à l’origine 0,80 m d’épaisseur ont été doublés à l’intérieur.
Celui de l’Ouest n’a que 0,65 m de large.
Cette nef, comme le chœur, a donc été à l’origine couverte en charpente puis voûtée dans un deuxième temps.
A l’Ouest s’ouvrait une porte de 1,30 m de large.
Pourquoi, dans la plupart des cas, les premières églises de la région ont-elles un chevet quadrangulaire ?
Ce procédé de construction était plus simple à utiliser par des maçons qui, après l’effondrement de l’ordre romain, avaient perdu les techniques savantes, comme le requiert l’abside arrondie
Cette église, qui entre dans la catégorie des églises à chœur fermé pourrait fort bien, en liaison avec un vieux lieu de culte, remonter à l’époque wisigothique.
Un grand vide documentaire rend difficile la connaissance de cette église dont l’histoire reste à écrire.
Une fouille bien menée et une enquête archéologique de terrain permettront de préciser une époque de construction et éclairer les questions.
De même, des recherches bibliographiques pourraient être envisagées sur le diocèse de Béziers limitrophe.
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Un rêve de collaboration participative...
Sources : Abbé Joseph Giry, "Les vieilles églises à chevet carré de l'Hérault"
Marcel Duliat, "Préface du même ouvrage"
Photos : A.Estève
IA : A.M. Delaisse
Alexandrine Estève, habitante de Mérifons​​​​​​​​​
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I A
Idéalement Avoisinante...
​​"Peyre drètche"
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Comme son nom l’indique, ce menhir est une pierre droite dont la largeur et la hauteur sont de 2.50 m environ.
Sa partie gauche a été retaillée et il y a une cupule sous la première marche à gauche.
Il est en grès rouge.
Sa position est 43,633° Nord - 3,295° Est.
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La fonction des menhirs reste assez obscure.
Entre un symbole religieux, une borne de territoire ou une pierre indicatrice de nécropole, plusieurs hypothèses s’affrontent.
Les menhirs se présentent toujours comme une pierre dressée, plantée verticalement et de dimensions monumentales.
La pierre peut être taillée ou avoir été plantée telle quelle, plus ou moins brute.
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Il existe des menhirs gravés, sculptés et même peints.
On retrouve ces monolithes à travers toute l’Europe, l’Afrique, l’Asie et en Amérique du Sud.
On ne connaît pas les raisons du choix de l’emplacement de ce menhir à cet endroit.
Par contre, la présence proche des vestiges de l'église Notre-Dame des Bois nous amène à une réflexion sur la continuité entre temples et églises.
L’Homme est présent dans cette région depuis le Paléolithique.
Les peuples de l’Antiquité vénéraient les divinités des sources, des bois et des lieux sacrés comme certaines grottes ou pierres situées, en général, en pleine campagne.
Les Romains plaçaient leurs lieux de culte non loin d’un endroit mystérieux et parfois difficile d’accès.
Les premiers missionnaires romains eurent à lutter contre la dévotion exprimée sur ces anciens lieux de culte.
Le pape Grégoire le Grand développa une tactique de christianisation qui accrédite l’hypothèse de la continuité entre paganisme et christianisme ?
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Il dit :
« ...il ne faut pas détruire les temples qui abritent les idoles, mais les idoles qui s’y trouvent; on aspergera les temples d’eau bénite puis on érigera des autels où seront disposées les reliques.
Car si ces temples ont été correctement bâtis, il est indispensable qu’ils passent du culte des démons au service du vrai Dieu.
Ainsi, voyant que leurs temples ne seront pas détruits, les habitants pourront renoncer du fond de leur cœur à leurs erreurs et, connaissant désormais le vrai Dieu, se sentir d’autant plus prêts à revenir l’honorer dans les lieux qu’ils fréquentaient naguère ».
Les exemples de continuité entre temples et églises restent rares et font souvent suite à une période d’abandon : ce sont des bâtiments abandonnés plus que des temples qui sont transformés.
Entre le 4ème et le 11ème siècle, un semis d’église recouvre la Gaule au fur et à mesure de la christianisation et de la croissance démographique.
Dans les campagnes, beaucoup d’églises s’enracinent sur les domaines, les villas des grands propriétaires.
D’usage privé, d’abord, elles acquièrent une vocation paroissiale.
Dans le même genre d’idée, des seigneurs installent à proximité de leur château une chapelle (la chapelle castrale) qui devient finalement l’église du village.
L’archéologie démontre que les nécropoles (cimetières) déterminent la fixation de certaines églises.
On recense beaucoup plus d’églises implantées sur des bâtiments antiques civils comme les thermes, les villas ou d’anciens ermitages.
Le territoire de Mérifons n’échappe pas à ces principes : Saint Pierre est situé à proximité du château seigneurial.
Le christianisme, introduit en Gaule depuis la ville d’Arles au temps de l’empereur romain Constantin (272-337), s’est propagé dans les provinces et fut déclaré religion d’état de l’empire romain par l’empereur Théodose (347-395) en 390.
Vers 420, Lutéva (Lodève), centre administratif d’une colonie romaine devient un évêché.
Dès lors, le christianisme, via le développement des paroisses, va donner naissance aux villages du diocèse de Lodève (dissout en 1790).
Dans la vallée du Salagou, sont implantées les églises de Saint Genès (9ème siècle à Salasc), Notre Dame de Roubignac (10ème siècle à Octon, Saint Martin des Combes (12ème siècle à Octon), Saint Pierre (12ème siècle à Mérifons) et Sainte Scholastique (15ème siècle à Salasc-Mourèze).
A la vierge Marie, s’ajoutent les premiers saints communément vénérés :
- Saint Etienne, premier martyr chrétien au 1er siècle
- Saint Pierre, apôtre de Jésus
- Saint Martin, soldat romain converti au christianisme au 4ème siècle
- Sainte Scholastique, sœur de Saint Benoît de Nursie (fondateur de l’ordre des Bénédictins) et fondatrice de monastères au 5ème siècle (invoquée, localement, en période de sécheresse).
- Saint Genes d’Arles qui peut être orthographié, Genès, Geniès, Genez, Genest, Giniez ou Genis.
Genès, chrétien, greffier au tribunal romain d’Arles, refusa de transcrire l’édit de persécution de l’empereur romain Dioclétien à l’encontre des chrétiens (303 à 311).
Il fut décapité en Arles en 308 au pied d’un mûrier.
Celui-ci mourut après que les vénérateurs de Saint Genès eurent arraché toutes les feuilles et fut remplacé par une colonne.
Par la suite, une église fut édifiée non loin nommée Saint Genest de la colonne.
La carte qui suit montre la volonté de la nouvelle église catholique d’assoir son rayonnement aux quatre coins du diocèse.
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St Genès dans le diocèse de Lodève au 11ème siècle.
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Sources : Mégalithes du monde, site
Capech, blog
Archives Mérifons
Laurent Schneider et Dominique Garcia : "Le Lodévois"
Marie-Jeanne Bonhomme-Trogno "Les cultes païens et la dévotion mariale en Catalogne Nord"
Laurent Michel, blog, "Décoder les églises et les châteaux"
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Photos : A.Estève
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Brigitte Saint-Pierre, passeuse de mémoire
Alexandrine Estève, habitante de Mérifons




St Michel d'Alajou
St Genies des Fours
10ème s
Lodève
St Genès
10ème s
St Jean de Fos
St Genès de Litenis
9ème s
Salasc
St Genès
9ème s
​​Croix et calvaires sur la commune
L'influence de l'Eglise catholique dans la région se manifeste par d'innombrables croix et calvaires parsemés sur le territoire.
Ces édicules de grès ou de fer forgé sont situés à des emplacements stratégiques : sur des hauteurs, aux croisements de chemins, sur les places de villages, en bordure des champs, aux entrées de villages, etc.
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Les croix et calvaires servent de repères aux pèlerins et font parfois l'objet de processions.
On peut également trouver des croix de mémoire qui commémorent un évènement tragique ou des croix de mission, liées au moments de rechristianisation des campagnes après la Révolution.
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Ce sont avant tout des marqueurs de territoire pour l'Eglise catholique.
Les calvaires commémorent la passion du Christ.
Les croix des calvaires sont complétées par des personnages de l'iconographie chrétienne (Christ en croix, vierge, saints, etc.)
Ils sont le plus souvent en fer forgé.
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Croix et calvaires possèdent régulièrement l'inscription "Inri" pour Iesus Nazarenus Rex Judaeorun (Jésus de Nazareth Roi des Juifs).
Sur le territoire d'après les dates inscrites à même la pierre, ces éléments sont généralement à situer entre le 18ème et le début du 20ème siècle.
Croix et calvaires sont menacés par l'élargissement des routes, les pillages et l'érosion.


La croix du Mas Duguiès en grès est fixée sur un socle carré en basalte. Des inscriptions gravées sur le pilier et une date gravée à la croisée sont peu lisibles.


La croix du chemin des Cascades se situe sous un arbre, elle commémore la passion du Christ.
Le socle est en grès, la croix en fer forgé peinte en vert.
Autour du Christ en croix le décor représente des arabesques et des feuilles et grappe de vigne.


La croix de cimetière de la chapelle St Pierre et la base circulaire (probablement une meule en réemploi) sont en grès. Le socle est en basalte.
Côté nord, on devine des lettres gravées "IHS" avec une croix sur le "H".
Cette croix marque l’emplacement probable de l’ancien cimetière proche de l’église Saint Pierre.
Elle pourrait dater de la remise en état de l’église à la fin du 17ème siècle.


La croix de La Lieude se trouve sur un talus, dans le hameau.
La croix en fer forgé est fixée sur un pilier en grès et un imposant socle en grès également.
Le socle et le pilier sont décorés de moulures.
Sur le socle, la date "1852" prend place sur un losange gravé.
Le pilier est octogonal mais, de base carrée.
À la croisée des branches se trouve un Christ en croix, dans un cercle.


Vestiges d’une croix du Mas de Pradels en grès dont le socle est endommagé et se trouvant à l’entrée du hameau sous un arbre.
Le pilier est encore debout. Le haut de la croix effondré, repose sur le socle décoré de moulures et a été remplacé par une croix en fer forgé, aujourd’hui à terre.
Une inscription "AR" est gravée sur le pilier et "1?40" à la croisée des branches de la croix effondrée.
Sources : Grand Site du Salagou-Mourèze, 2013-2015, "Recensement du patrimoine bâti"
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Photos : A.Estève
​​Les puits, les bassins et les lavoirs
Les communes du territoire du Salagou ont été ralliées au réseau d'eau courante tardivement.
Les habitants ont parfois fait preuve d'une grande ingéniosité pour pouvoir subvenir à leurs besoins d'alimentation en eau domestique et d'irrigation.
Aussi trouve-t-on sur le territoire de très nombreux petits édifices relatifs à l'approvisionnement en eau.
Autrefois, s'approvisionner en eau au puits ou à la fontaine était considéré comme une corvée, tout comme laver son linge au lavoir.
Cependant, cette tâche ingrate représentait de grands moments de sociabilité autour de tous ces petits édicules de la vie de tous les jours.
La plupart sont aujourd'hui hors service et sont devenus des éléments d'ornement.​


A Mas Canet, sous un abri couvert, présence d'un puits (dalle datée de 1952) et d'un lavoir à trois bassins. La roue est en fonte.

Puits et réservoir de Mas Canet sous abri couvert de tuiles avec bassin d'écoulement. Présence d'une calade devant un abreuvoir à deux bassins pour chevaux. Mécanisme de pompage à balancier mécanique.

Le lavoir de Malavieille en béton est composé de deux bassins. Une porte métallique donne accès à un réservoir vouté en plein cintre à moellons de basalte, à l'arrière du lavoir.

Source et bassin du chemin des Cascades à Mas Canet sous une arche en moellons de basalte. Le bassin est protégé par une grille métallique.

A Malavieille, abreuvoir et puits sous abri couvert par une toiture à un pan. l'arrière du bâtiment est vouté en puits-de-four. La roue est en fonte.

Le lavoir en béton, à deux bassins, est situé à Malavieille, en bord de route. Une petite porte métallique donne accès à un réservoir vouté en plein cintre en moellons de basalte.


Source de Pradels et bassin en moellons de basalte.
A La Lieude, en contrebas de la route, l'abreuvoir rectangulaire en grès est alimenté par un réservoir et un système de pompage. Le mécanisme est en fer forgé peint en vert. Le réservoir situé dessous est fermé par une porte en fer forgé.
I A

Idéalement Arrangée...
Sources : Grand Site du Salagou-Mourèze, 2013-2015 "Recensement du patrimoine bâti"
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Photos : A.Estève
IA : A.M. Delaisse
​​​Désormais, appelé le Castellas
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C’est sur le rocher abrupt, nommé Peyre nègre, dominant le ruisseau du Salagou et celui du Lignous qu’a été bâti le château-fort de Malavieille, encore impressionnant malgré son état de ruine.
Il est construit sur un éperon étroit et allongé et comprend principalement, un donjon au Nord-Ouest, les restes d’une tour et au Sud, un ouvrage à chicane.
Vers l’Est, le roc forme une sorte de palier intermédiaire avec des multitudes de constructions en ruine cernées par ce qu’il reste d’une enceinte polygonale, jalonnée de tours carrées, espacées d’une trentaine de mètres.
L’ensemble est construit en grès, pélite, basalte et pierre de taille.
Ce site, naturellement fortifié par sa situation perchée se situe aux confins méridionaux de l’Escandorgue à 373 mètres d’altitude.
On accède au château par le flanc Est, le flanc Ouest étant à pic.
Le donjon devait être de plan carré et mesurer un peu plus de 9 m de côté extérieur.
Il ne reste que le mur Sud, bien conservé sur une quinzaine de mètres et sur 6.80 m de longueur à la base.
L’épaisseur du mur à la base est de 1.30 m.
Construite en blocs bien taillés et assisés, cette tour est dans un état de conservation globale très proche de ce qu’il était à la fin du 19ème siècle.
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Au Sud et à l’Ouest de ce donjon, se trouve le cœur du château auquel on accédait par deux portes en plein cintre dont les vestiges suggèrent une construction vers le 13ème siècle.
La tour Nord est édifiée sur la partie la plus haute du rocher, à 13 m, à l’Ouest du donjon.
Ce château est une sentinelle sur la haute vallée du Salagou, il commande le passage qui, du château de Dio, par le col de la Merquière, conduisait au château de Cabrières.
Il n’avait pas de fonction militaire, mais une fonction de vigie sur la voie romaine.
Sa construction a dû coûter très cher au seigneur, ce qui affirme sa présence et sa puissance.
Situé à la frontière des diocèses de Lodève et de Béziers, ce site fortifié surplombe le hameau de La Lieude, au bord du vieux "cami ferrat", dont le nom rappelle qu’on y prélevait la leude (péage).
L’histoire du Castellas est assez mal connue.
Le site du château a constitué un refuge à plusieurs reprises.
Une présence humaine est attestée sur les lieux dès le 6ème siècle.
Malheureusement, un long vide documentaire ne permet pas de comprendre quand ni comment ont été construits les bâtiments dont nous pouvons encore voir les majestueuses ruines.
Les plus anciens indices sont des noms de personnes, une famille dite de Malavieille attestée dans les textes dès la fin du 11ème siècle.
Le mot "castrum" est utilisé à partir du 12ème siècle mais il est impossible de savoir s’il s’agissait d’un château seul ou avec un village autour, comme c’était souvent le cas à partir de l’an mil, lorsque de nombreux habitats se perchaient pour faire face à une insécurité nouvelle.
Ce n’est qu’à partir du milieu du 14ème siècle que le village castral est attesté avec certitude dans les textes.
Cependant, Jean-Loup Abbé estime comme très probable, l’existence d’un point fortifié au 10ème siècle.
C’est, semble-t-il, à ce moment-là que la seigneurie passa sous l’influence des évêques de Lodève.
Au 13ème siècle, la dernière héritière de la famille seigneuriale de Malavieille épouse un membre des Guilhem de Clermont et Malavieille devient une seigneurie détenue par les familles de Faugères (en Biterrois) et de Clermont (en Lodévois).
Au milieu du 14ème siècle, le territoire seigneurial englobait environ 200 habitants dont on peut supposer qu’une forte proportion vivait au castrum.
L’étendue de l’enceinte qu’on distingue encore dans les broussailles, supérieure à 1 hectare, va en effet, dans le sens d’un site important.
Cependant, le village castral de Malavieille fut déserté sans que l’on sache pourquoi:
- Mort des habitants pendant l’épidémie de peste de 1620 ?
- Longue période de paix rendant inutile l’occupation de ce lieu en hauteur ?
- Désertion vers des terres plus fertiles ?
- Concomitance de ces différentes hypothèses ?
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Comme le village castral n’a pas duré assez longtemps pour attirer à lui le chef-lieu de paroisse, celui-ci resta en plaine à l’église Saint Pierre de Mérifons.
Entre le 15ème et le 17ème siècle, la population migra vers les hameaux constituants encore de nos jours l’habitat dispersé des environs.
Un membre de la famille du Bosc fit construire son nouveau château de style Renaissance sur des terres fertiles en bordure du Salagou dans la nouvelle métairie de Malavieille.
Le seigneur n’y venait qu’épisodiquement, un fermier gérait ses intérêts.
Pendant tout le 17ème, il en est ainsi, le Castellas est en ruine et inhabité.
Seule une tour reste encore couverte au milieu des ruines détenues en 1627 par les deux enfants mineurs de la vicomtesse du Bosc, Delphine de Montfaucon.
Les plus anciens dessins du site datant de 1881 ou les photos de Gustave Tramblay du début du 20ème siècle montrent les vestiges dans un état semblable à aujourd’hui.
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En 2011, la municipalité de Mérifons et son maire, Daniel Viala, font faire un diagnostic sur l'état de conservation de l'édifice.
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On constate que les joints de parements ayant été vidés de leur mortier par les intempéries et l'érosion, les pierres se déchaussent.
Les pierres des arases et du pan de mur subsistant sont en équilibre précaire.
Pour conserver plus loin dans le temps l'aspect existant du château et aussi pour la sécurité des nombreux visiteurs du site, il est décidé d'intervenir.
La restauration du donjon vise la consolidation des maçonneries instables, la protection des vestiges contre les intempéries et leur mise en valeur.
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Il a été également procédé à la confortation des vestiges situés aux abords en surplomb du goulet d'accès.
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Sources : Sylvain Olivier "Histoire du Castellas de Malavieille"
Sylvain Olivier "Compoix, terriers et cadastres"
Michel Descossy "Inventaire du patrimoine en Languedoc-Roussillon", 1986
Laurent Schneider et Dominique Garcia "Carte archéologique du Lodévois"
Richard Bavoillot-Laussade, communication personnelle
Le M.A.S des Terres Rouges "La commune de Mérifons"
Albert Fabre "Histoire de Mérifons", 1881
Les Amis du Lodévois, 1985
Frédéric Fiore, architecte du patrimoine, le Castellas de Malavieille, diagnostic, 2011
Archives de Mérifons
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Photos : A.Estève - Frédéric Fiore
IA : A.M Delaisse
Brigitte Saint-Pierre, passeuse de mémoire
Alexandrine Estève, habitante de Mérifons











I A
Indication Approximative...
Le Castellas de Malavieille, passé ou futur, un rêve de subventions...
PATRIMOINE
Un héritage historique d'une grande diversitéÂ









IA - Mérifontichnus au Permien
​​​La dalle fossilifère, une histoire de reptiles, une histoire d’hommes
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En arrivant à La Lieude, dans la vallée des ruffes (de rubrum, rouge) au pied du Castellas bâti sur un éperon basaltique, nous apercevons un hangar recouvrant 500 m² de grès rouge, sur une dalle inclinée, présentant une multitude de traces incrustées dans la terre.
Schistes, grès, marnes, d'origine sédimentaire, doivent leur rutilance aux oxydes de fer.
Au tertiaire, le contrecoup de la création des Alpes provoqua l'inclinaison que nous observons par endroits.
A ce stade de l’observation, nous sommes loin de réaliser que ce lieu concentre un patrimoine géologique et paléontologique d’intérêt international.
En observant ces traces, nous sommes les spectateurs, 270 millions d’années après, d’un court instant de la Terre et de la Vie !
Un témoignage que l’érosion finira, à son tour, par faire disparaître.
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Approchons nous et scrutons attentivement la surface (si possible, sous rayons de soleil rasants)…
Nous apercevons des traces laissées par les pas des premiers habitants du territoire, les reptiles mammaliens ( ou thérapsides).
Cet endroit était une plaine d’inondation peu profonde où, pendant plus de 20 millions d’années, plus de 2000 m de sédiments finement lités et stratifiés, nés de l’altération et de l’érosion des reliefs avoisinants, transportés par des rivières, se sont déposés dans les lacs et marécages où les cours d’eau venaient mourir.
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Ce n’était pas des dépôts continus, puisque, dans ce sol fossile s’observe des craquelures de dessication lorsque l’argile séchait au soleil, et des petites marques circulaires, laissées par l’impact des gouttes de pluie, témoins de périodes d’immersion et de sécheresse de ce climat tropical où alternent saisons sèches et humides.
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Quand un animal marche sur un sol humide, l’empreinte de ses pas est enregistrée.
Avec la chaleur, l’eau s’évapore et le sol se durcit : une averse amène une eau boueuse, de grandes flaques recouvrent les empreintes durcies.
La boue se dépose et recouvre les empreintes.​
Le phénomène se reproduit, les couches s’accumulent et protègent les empreintes et leurs moulages.
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Avec le temps, les couches sédimentaires deviennent des roches : les traces de pas sont fossilisées .
Ce sont des empreintes étranges, une multitude de pas figés dans la boue.
Certaines ressemblent à des mains humaines avec cinq doigts bien dessinés.
On recense 951 traces de pas et 18 pistes.
Les pistes montrent des allures variées et attestent d’une diversité morphologique; chaque piste correspond au passage d’un animal différent.
Les animaux ne sont pas forcément passés au même moment.
Comment a-t-on découvert ces traces ?
Dès 1950, un viticulteur d’Octon, Mr Lugagne signalait à l’instituteur de ce même village, Mr Prades, l’existence de grandes empreintes qu’il décrivait « en forme de pieds d’éléphant » connues depuis longtemps par les bergers.
Sans le savoir, ils venaient de faire une découverte unique au monde qui fait maintenant la renommée de Mérifons.
Ces empreintes furent montrées en 1958 à Mr Heyler du Muséum de Paris et décrites en 1963 par Mrs Lessertisseur et Heyler, paléontologues.
Tout près de ce premier gisement, le propriétaire, Mr Ollier, en découvrit un autre partiellement mis à jour par le passage répété des moutons.
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Paul Ellenberger, paléontologue, organisa le décapage de cette nouvelle surface qu’il fit classer en Réserve Nationale Volontaire dans un premier temps.
On décide alors d’installer des clôtures et un hangar pour protéger le site.
En 2023, la dalle devient la propriété du département de l’Hérault qui mit en route une politique de valorisation des sites remarquables pour faire connaître le territoire sous un autre angle.
Qui sont ces reptiles ?
Ces animaux ont prospéré au Permien (de Perm, Russie) jusqu’à l’extinction de masse qui a touché la fin de cette ère géologique.
Ils possédaient des caractères morphologiques actuellement affichés par les mammifères, descendants d’une de leurs lignées.
Ils avaient des dents différenciées en incisives, canines, prémolaires et molaires.
Ils étaient carnivores ou herbivores grâce à la différenciation extrême de la denture essentielle pour une alimentation variée.
La plupart faisait partie de la famille des Cynodontes (à dents de chien).
Leurs membres locomoteurs étaient placés sous leur corps et non sur les côtés (comme les tortues, lézards et crocodiles) et sont caractérisés par la présence d’une seule et unique fosse temporale (les dinosaures et les crocodiles en ont deux, les tortues n’en ont pas).
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La grande plasticité de leur anatomie leur a permis de s’adapter à différents environnements et d’avoir des modes de vie variés.
Ils étaient capables de réguler leur propre température corporelle (forme archaïque de thermorégulation).
Leur système auditif permettait une acuité auditive remarquable par rapport à celle des reptiles.
Ils possédaient un palais secondaire complet, caractéristique des mammifères, favorisant la respiration simultanée à la mastication, ce qui accroît l’ endurance et l’efficacité énergétique lors de l’alimentation ou de la course.
Les empreintes appartiennent à quatre espèces d’animaux totalement inconnus avant leur découverte.
L’une des espèces a été nommée Lunaepes ollierorum en l’honneur de la famille Ollier qui a découvert les traces et cédé le terrain de la dalle.
Une autre a été nommée Merifontichnus thalerius en l’honneur du village.
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Outre les empreintes de reptiles, la dalle et son environnement contiennent des traces de pas d’insectes, de crustacés et des restes de végétation.
Des lambeaux de squelette de caseidés (grands herbivores) ont été découverts dans des niveaux voisins et sont exposés au Musée de Lodève.
Le genre Lalieudorynchus gandi, décrit en 2022, est un caseidé long de plus de 3 m retrouvé dans le bassin de Lodève; son nom honore l’importance de La Lieude dans la recherche paléontologique.
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Intérêt scientifique et pédagogique :
Une équipe de paléontologues, Mrs Gand et Demathieu, dans les années 98-99, étudie de façon statistique les empreintes aidés de Mrs Garric et Ellenberger.
Bernard Halleux, professeur de sciences et vie de la Terre, conscient de l’importance de ce patrimoine, mit tout en œuvre pour que cet outil soit utilisé dans le cadre scolaire et bénéficie aux élèves et au grand public.
Par son intermédiaire, jusqu’en 1988, date de sa retraite, plus de 10 000 élèves ont pu explorer cette surface et se familiariser avec la paléontologie.
« Ma fonction, en ce qui concerne la dalle, était essentiellement pédagogique, il fallait la montrer au plus grand nombre possible d’élèves ».
La commune de Mérifons a mis à disposition un local à proximité de la dalle contenant de la documentation, des maquettes et du matériel pédagogique.
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Une opération de conservation et de valorisation de la dalle pilotée par le Géoparc Terre d’Hérault vient d’avoir lieu sous forme de numérisation.
Jean-David Moreau, paléontologue, chercheur à Paris-Saclay, a réalisé des relevés photogrammétriques (par drone) qui permettront de créer une modélisation 3D.
Ce travail vise à obtenir une représentation numérique et ainsi conserver, pour les générations futures, une trace scientifique unique au monde.
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Clin d'œil :
Georges Sand, Aurore Dupin de son vrai nom (1804-1876), passionnée par les fossiles a envoyé une lettre datée du 16 août 1864, au maire de Lodève, pour le remercier de l'envoi de fossiles provenant du secteur.
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Sources : Rapport sur la conservation de la dalle de La Lieude (J.Y Crochet, 2019)
La commune de Mérifons (M.A.S des Terres Rouges, 2013)
La dalle paléontologique de La Lieude (Bernard Halleux)
Géologica Rando : Regard sur la dalle de La Lieude (J.C Saintenac, 2025)
Voyage géologique à Mérifons (J.C Saintenac)
Les plus beaux sites de l’Hérault (J.C Bousquet)
Guide des curiosités géologiques de France (François Michel)
Futura Planète (Quentin Mauguit, 2025)
Grand Site Salagou-Mourèze, "des paysages et des hommes"
Les amis du Lodévois "Mérifons en Languedoc", 1985
Photos : J.C Saintenac - Google Maps
A.Estève - V.Boudet
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Vidéos IA : A.M Delaisse
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Alexandrine Estève, habitante de Mérifons










Asperge sauvage
Envoyez nous vos plus belles photos de végétaux locaux avec leur nom en 16/9 par mail et nous complèterons le diaporama.
​​​Ces vents connus et méconnus...
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Le bassin du Salagou, avec ses terres rouges (les fameuses ruffes) et son relief tourmenté, est un véritable carrefour climatique. Coincé entre le Larzac et la plaine méditerranéenne, il est balayé par des vents qui ont chacun leur caractère et leur petit nom local.
Voici les principaux acteurs qui soufflent sur la vallée :
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Les deux maîtres du jeu
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Ce sont les vents dominants qui dictent la météo et le moral des habitants de la vallée.
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1. La Tramontane (ou "Le Cers")
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C’est le vent de secteur Nord-Nord-Ouest. S’il vient du Larzac, il descend violemment sur le lac.
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Caractère : Froid, sec et puissant. Il dégage le ciel, offrant une visibilité incroyable sur les monts de l'Espinouse.
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Nom local : Si la distinction est subtile, on l'appelle souvent la Tramontagne.
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Historiquement, dans le Bas-Languedoc, le vent du Nord-Ouest est le Cers (issu du dieu romain Cirus).
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C’est le vent "propre" qui assèche la terre.
2. Le Marin
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C’est le vent de secteur Sud-Est, venant de la Méditerranée.
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Caractère : Doux, chaud et surtout très humide.
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C’est lui qui apporte les nuages bas, la brume sur le lac et, parfois, les fameux épisodes cévenols.
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Nom local : Tout simplement Le Marin. On dit souvent qu'il "amène la pluie".
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Les vents secondaires et locaux
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La topographie en "cuvette" de la vallée du Salagou crée aussi des phénomènes plus discrets :
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Nom du vent, direction et caractéristiques
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1.Le Grégal (ou Grec)
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- Nord-Est
- Un vent froid, souvent annonciateur de neige en hiver ou de pluie forte.
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2.L'Autan
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- Sud-Ouest
- Le "vent des fous". Il vient de l'Atlantique et arrive ici fatigué et turbulent, souvent annonciateur de tempête.
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3.Le Labech
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- Sud-Ouest
- Plus maritime, il apporte une certaine douceur mais reste assez rare dans les terres.
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Le phénomène de "Brise de Vallée" :
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Au Salagou, il ne faut pas oublier les brises thermiques.
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En été, à cause du contraste de température entre l'eau du lac et les parois de ruffes rouges qui chauffent énormément, des petits courants d'air locaux se créent.
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Le matin, l'air descend des plateaux (brise de terre).
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L'après-midi, l'air remonte vers le Larzac (brise de lac).​
Le saviez-vous ? Les navigateurs et véliplanchistes du lac scrutent particulièrement la Tramontane.
Quand elle s'engouffre dans la vallée, elle peut lever des vagues surprenantes pour un plan d'eau intérieur, transformant le Salagou en petit "bras de mer" rouge.
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Sources : Gémini
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Photos : Wikipédia
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Alexandrine Estève, habitante de Mérifons
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​​​Etymologie des tènements
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Le terme tènement, apparu au 11ème siècle, provient du verbe tenir et de l’occitan tènement et a donné l’expression, utilisée aujourd’hui, un seul tenant.
À l’origine, un tènement désignait un domaine foncier relevant d’un seigneur, tenu par ce seigneur.
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Le terme s’est ensuite appliqué à un ensemble de parcelles contiguës appartenant à un même propriétaire.
Au fil des temps, ces parcelles ont changé, parfois à plusieurs reprises de propriétaires mais elles ont gardé leurs noms.
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En pays de viticulture, on retrouve souvent ces noms sur les étiquettes de bouteille de vin en vertu du droit au toponyme également appelé " privilège de tènement " donnant la possibilité à un propriétaire viticole d’utiliser ce nom pour son exploitation ou à titre de marque pour son vin.
Ces noms, toujours imagés, parfois lyriques, souvent mystérieux, participent à une prose évoquant des personnages, des particularités géographiques, des noms de végétation ou des coutumes de culture.
En observant le plan cadastral de Mérifons, nous trouvons :
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- Dans la section A :
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Le bois du Bayle (du bailli), le plan de l’Amourié (du mûrier)
Les Broutes (bois de chênes blancs), Larnas (où paissent les bestiaux)
Les Gours (trou), la Figarasse (gros figuier), Roquelongue (pierre haute)
Fonbonne (fontaine dont l’eau est très bonne)
Les Joncasses (lieu humide planté de joncs, de juncus), l’aire de l’Argnac
Le Castellas (château en ruines), Coste Fermenque
La Boutine, Roque Nègre (rocher noir).
- Dans la section B :
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Le Planas (grand plat), Mérifons, la Guardiolle (de garderie où étaient gardés les moutons en été)
Le Moulinas (moulin en ruines) Champ de l’Airè, le Frigoulas (frigoule, thym),
La Vignasse (grande vigne), Terre fort, Rieupeyre, les Fourques
Condamine (terre formée par des alluvions).
- Dans la section C :
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Le Brouc (de broum, précipice), l’Olivette (plantée d’oliviers), le Mas Viel (or, il n’y a pas de mas)
La Doumergue (de doumecho, bonne terre), le Thau (pacage des bœufs, taurus),
Les Prades (prairies), le Paulinié (petit), le Colombié
Le Devès (bois ou pâturage interdit réservé au seigneur),
Champ de Bousquet, champ de Cros, Coste Plane, Mourre vinagré
Champ Andrieu, la Marigaude (mare) .
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​​​​​​​​​​​​​​​Sources : Internet
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Photos : A.Estève
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Alexandrine Estève, habitante de Mérifons





